
It’s Drivetime E09 | Le Feu au Lac
La montagne nous appelle, et il serait bête de la faire attendre.
Il y a certaines routes que l’on n’oublie jamais. C’est le cas de celle-ci. Découverte il y a près de trois ans au volant de compactes basiques, la région qui borde Genève pourrait bien être le paradis de la conduite. Si si, on ne vous ment pas.
Aujourd’hui, notre point de départ — ensoleillé, pour une fois — porte un nom bien étrange, comme d’habitude. Après Xhout-Si-Plout et Laiche, bienvenue au Feu !

Un peu perdu au milieu du massif de Salève, ce hameau, comptant une quinzaine de maisons, regorge d’habitants très accueillants. Cher Monsieur, si vous nous lisez, nous sommes vraiment désolés d’avoir dû refuser votre invitation. Nos racines belges apprécient la Leffe, mais pas avant neuf heures du matin en général… surtout quand on a 130km de routes sinueuses devant nous !
Et on attaque directement avec du très sérieux : la Croisette. Non pas la promenade de la Côte d’Azur, mais le Col éponyme qui se trouve 500km plus au nord. Mélangeant longues lignes droites au milieu des champs et épingles dans les bois, cette route chatouille le pied droit, mais gare aux cyclistes qui dévalent la pente au milieu de la route. Décidément, même si nous partageons l’attirance pour les engins à pédales, nous ne sommes pas dotés du même instinct de survie…



Arrivés au sommet de ce premier col, laissons les arbres derrière nous pour continuer l’ascension dans la plaine. La route s’élargit, le revêtement se lisse et la vue s’ouvre à travers le pare-brise. Respirons un grand coup avant d’entamer la descente le long de l’énorme falaise du Salève. On ne se rend pas vraiment compte de l’altitude jusqu’au moment où les arbres s’écartent, et que le double parapet en béton à l’extérieur d’une épingle nous signale un petit danger : un vide d’une centaine de mètres. Heureusement, la vue en vaut la chandelle.
La descente continue à un rythme effréné jusqu’à Monnetier, qui marque notre entrée à Genève. Et oui, pour la première fois de son histoire, Drivetime vous emmène en ville ! On s’est dit qu’après un an de petites routes désertes, il était temps de faire péter le(s) bouchon(s)… On vous promet, les dizaines de sportives que vous croiserez le long du lac Léman font oublier le petit ralentissement.




Devant les palais des Nations Unies et à travers Saconnex, la circulation disparaît entièrement et les petites rues nous laissent admirer les bâtisses typiquement genevoises, en attendant d’arriver au pied du parc national du Haut-Jura. Bienvenue à Gex, dont les motards semblent nous tracer la voie vers le col de la Faucille.
En gagnant 1000 mètres d’altitude, la D1005 nous amène surtout la banane. Avec un revêtement parfait, peu de monde, tous types de végétation et même un peu de neige au sommet, peu de routes offrent tant de variété dans les paysages, avec de si belles courbes. Ça donnerait même envie de redescendre, juste pour la refaire.




Cependant, faire demi-tour maintenant serait vraiment dommage. On vous réserve encore quelques surprises. Et en parlant de surprise, la neige nous accueille sur le versant nord du Col malgré les 26°C à l’ombre, surprenants pour un mois d’avril dans la région. Heureusement, le manteau blanc ne recouvre pas le bitume, seulement les bas-côtés, ce qui peut tout de même provoquer quelques flaques d’eau et de ruisseaux qui traversent la route en pleine courbe. Prudence.
À la frontière entre France et Suisse, entre Jura et Ain, notre départementale favorite enchaîne les grandes courbes, entre forêt et plaine. La seule chose qui manque, ce sont les touristes. Et tant mieux ! En 20 minutes, nous n’avons croisé qu’une petite dizaine de voitures. Ça nous laisse profiter du revêtement correct, et élargir la trajectoire en sortie de virage.


Dans l’entre-saison, les petites stations de ski qui bordent la ville des Rousses sont désertées, tandis que la paysage évolue. Au revoir les Alpes, bienvenue dans le Jura, entre pics rocheux et plaines abritant des Golfs. Sur ces routes, le rythme est coulé, et les abords de la route alternent entre épines et roches de plusieurs mètres de haut… On en profite pour descendre la fenêtre et libérer l’échappement.
À Morbier, il est temps de quitter notre chère route que nous suivions depuis une quarantaine de kilomètres pour emprunter la D26. Celle-ci remonte le long de la colline en épousant le versant nord de la vallée de la Mouille. Le temps de vous remettre de ce nom ridicule, vous voilà déjà arrivés dans le village des Mouillés. Original.




Normalement, nous avions prévu de vous emmener à droite après le hameau de Lezat, mais nous nous sommes trompés. Oui, ça nous arrive aussi, mais le hasard fait parfois des merveilles. En arrivant à Valfin Lès Saint-Claude, nous nous sommes rendus compte de notre bourde, mais avons refusé de faire demi-tour. De là, la chance (et notre GPS) nous a menés sur la D146E. Et là, ce fût le choc. Déjà, nommer une route pareille “départementale” reviendrait à comparer un restoroute à un étoilé. Ensuite, parce que ce ruban d’asphalte déroulé au milieu des champs, des roches et des arbres, sans une seule ligne droite de plus de deux mètres a surpris toute l’équipe, de la banquette arrière au volant. Qui a dit qu’on ne s’amusait pas en-dessous de 50km/h ?
Pendant une demi-douzaine de kilomètres, cette route déserte qui nous amène vers les Rivons nous a régalés, en associant parfaitement les virages en aveugle, bosses amusantes, courbes relevées, les rayons de soleil entre les arbres et les freinages en appui. S’il ne fallait en garder qu’une, celle-ci viendrait sans hésitation à l’esprit. Mais, comme on n’est jamais satisfaits, on ne s’est pas arrêtés là.




Voilà pourquoi, une fois arrivés à Leschères, notre itinéraire prenait la D118 vers les Crozets. Et à travers les Gorges et leurs parois rocheuses, “notre” Stelvio Q nous a enfin fait comprendre pourquoi il est rapidement devenu un de nos coups de coeur de l’année. Ce ne sont pas les vocalises du V6 d’origine Ferrari rebondissant dans les vallées, ni le look ravageur avec les ouvertures sur le capot qui nous ont fait craquer.
Ce qui nous a laissés bouche bée, c’est sa capacité à faire oublier qu’on est derrière le volant d’un SUV dès qu’on enchaîne les courbes, et à oublier qu’il s’agit d’une sportive dès qu’on enchaîne les kilomètres. Comme quoi, l’hérésie du SUV sportif, permettant de transporter une famille et ses bagages tout en réveillant les voisins et en lessivant les enfants, se réalise ici. Et faire un roadtrip au volant d’une vraie sportive sans se tracasser du nid-de-poule occasionnel ou des portions d’autoroute de plus de 100 kilomètres, ça n’a pas de prix.




Mais revenons à nos moutons, qui paissent dans la clairière bordant la carrière que nous venons de traverser. Les derniers virages de notre tracé nous ont menés au village de Moirans-en-Montagne, connu pour son Musée du Jouet. Étant donné qu’on a assez joué pour aujourd’hui, ce sera sans nous. On va plutôt aller profiter du coucher de soleil sur l’Ain, dont la vallée borde le petit village au milieu de nulle part.



Merci à tous de nous avoir suivis pendant cette première année de Drivetime. Grâce à vous, nous avons découvert des régions superbes et rencontré de très chouettes lecteurs. Comptez sur nous pour vous ramener encore plus d’images et d’anecdotes de nos roadtrips, et au plaisir de vous revoir rapidement derrière un volant. Bonne route !
Infos pratiques : 131 km|+- 3h de route
Merci à FCA Belgium pour le prêt de l’Alfa Romeo Stelvio Q ainsi que pour leur confiance depuis un an (et plus). Merci aussi à Eliott Van De Winckel qui malgré avoir perdu ses lunettes, ses clés, son téléphone et son portefeuille une soixantaine de fois n’a toujours pas perdu son talent de vidéaste.
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