
Reportage | I’ll Be Basque
Pour citer Terminator, il va falloir revenir pour en profiter pleinement.
Dans ma tête, les Pyrénées, c’était des moutons et des montagnes désertes. Des vaches en liberté et des fermiers portant fièrement le béret. Bref, une région inconnue. Le Pays Basque, pareil. Et même si j’adore les préjugés et clichés en tout genre, il est toujours bon de les confronter à la réalité, histoire d’avoir le coeur net. Alors j’ai pris ma carte et ai commencé à explorer virtuellement la région, à la recherche d’endroits et routes valant la peine. Et quelques mois plus tard, j’ai chargé mes bagages dans le coffre d’une Jeep Renegade et suis parti pour le sud de la France. Le vrai Sud, là où on arrive à la limite de notre pays frontalier.
Une bonne douzaine d’heures d’autoroute plus tard, dont ce qui semble la moitié à contourner Paris, la première nuit se passe aux alentours de Saint-Bertrand-de-Comminges, petite ville classée au patrimoine de l’Unesco. Et après une brève visite de ses murailles perchées sur une colline, le lendemain matin, le véritable périple commence. Nous attaquons les Pyrénées par le Nord. Les remparts de la vallée de la Haute Garonne s’élèvent autour de nous et les paysages commencent à ressembler à des montagnes. Nous voilà en Espagne, dans un décor que je ne connaissais pas encore à ce pays, habituellement visité en ville ou sur les plages. La première station que nous traversons est Viella, tandis que l’ascension vers le premier col est assez roulante.






Petite découverte au sommet, les cols ici s’appellent “Ports” et le Puerto de la Bonaigua pourrait aisément accueillir une flotte de voiliers. Le vent souffle sur les remontées mécaniques autour de nous, et le seul restaurant qui s’y trouve est fermé. Les visites hors saison, ça n’a pas que du bon. Ce qui est bon par contre, c’est ce qui nous attend en contrebas. Si les Italiens sont connus pour les pâtes, l’Espagne se débrouille plutôt bien en spaghettis.
Les trois premiers kilomètres de notre descente sont interrompus par une trentaine de virages (35 pour être exact) et cela se fait ressentir sur deux organes différents. Les oreilles ressentent la perte d’altitude particulièrement fort, tandis que les zygomatiques apprécient les enchaînements. Le reste de la descente est ensuite plus fluide, jusqu’à ce que nous arrivions à la Guingueta d’Àneu où nous bifurquons vers Espot. Après quelques courbes bien épicées, nous nous arrêtons pour un repas composé d’un demi poulet, d’une poignée de légumes et d’une assiette de frites. Peut-être pas le plus équilibré, mais assez nourrissant pour ensuite monter dans un Defender des années 80 et randonner dans le parc national d’Aigüstortes et Saint-Maurice.




Fin de journée, et il est déjà temps de reprendre la route pour se rendre à notre logement du soir. Je n’attendais pas grand-chose de la boucle sud du parc national, mais celle-ci n’a fait que surprendre et épater. Les premiers kilomètres sont assez normaux, enchaînant les courbes rapides en descendant la vallée. Jusqu’ici, rien de spécial. Mais au passage d’un énième tunnel, le paysage change du tout au tout. Finis les décors alpins, place à l’ouest américain. Enfin pas vraiment, mais les parois rocheuses rouges qui s’élèvent plus d’une cinquantaine de mètres au-dessus de nous installent un sérieux doute sur le continent où nous nous trouvons. Et si le tunnel faisait 7000 kilomètres et pas deux ?
L’impression n’est pas passagère, et les trente kilomètres suivants font persister le doute. Assez en tout cas pour faire passer les lignes droites comme une lettre à la poste. Mais à Xerallo, il est temps de reprendre quelques courbes et d’entamer un col de plus, le Port de la Creu de Perves. Le soleil se couchant dans le rétroviseur, je me concentre sur le mur devant moi et ne me rends compte qu’au sommet qu’il commence à faire sombre. Pas grave, je serai doublement prudent pour le descente, où le bitume fait rarement plus de quatre mètres de large. Le ravin attendra, aujourd’hui n’est pas mon jour.




La route continue dans le creux des différentes rivières que nous croisons, tandis que la suite et fin de notre itinéraire du jour nous amène à Erill la Vall. L’obscurité est maintenant complètement présente, et nous ne pouvons pas encore profiter de la beauté réputée de la vallée de Boì. Pas grave, ce sera pour demain. D’ici là, un petit repas et un bon repos vont nous remettre d’aplomb, car nous ne sommes encore qu’en Catalogne !
Pour la journée suivante, qui nous fera découvrir la région d’Aragon, nous démarrons par le trajet inverse dans la vallée. L’occasion de visiter quelques petits villages et d’apprécier la gastronomie locale, majoritairement composée de jambon. Quelques kilomètres plus tard, nous entamons notre route vers l’ouest et quittons très rapidement les nationales. Aujourd’hui, le chemin le plus rapide sera aussi le plus beau, et avec le soleil qui plus est ! La A1605 en direction de Bonansa traverse des paysages magnifiques, mais nous fera surtout baver dans la vallée de l’Isabena. Ce petit cours d’eau ne paie peut-être pas de mine de près, mais les points de vue offerts par la route qui le surplombe en mettent plein les pupilles. La roche orangée se marie parfaitement avec les feuilles d’arbres virant lentement au jaune, tandis que je me concentre sur ma technique de non-croisement d’avant-bras. Faut dire que ça tourne par ici.




Une fois le relief de la Toza de la Fuen passé, le paysage s’adoucit peu à peu. Non pas que les cols soient terminés pour aujourd’hui, mais ceux-ci s’écartent lentement pour nous permettre d’admirer les plaines qui les séparent. Les points de vue se font toujours aussi fréquents, et s’y arrêter amène toujours d’heureuses surprises, tels que quelques chutes d’eau où rivières bien cachées du ruban d’asphalte. Ce qui n’est pas caché en revanche, ce sont les tunnels creusés à même la roche le long de l’Isabena précédemment mentionnée. Près de Veracruz, ceux-ci se succèdent rapidement avant d’ouvrir le point de vue et de transformer le pare-brise en cinéma. National Geographic derrière le volant, je n’aurais jamais imaginé.
À Campo, il est temps de reprendre la nationale pour hausser quelque peu le rythme. N’ayez crainte, les paysages y sont toujours aussi intéressants, et les courbes pas moins présentes. En témoigne la ville de Gerbe, certainement nommée en hommage à certains passagers. Pas la mienne en tout cas, endormie comme à son habitude quand la vitesse moyenne dépasse les 70 km/h. Je la réveille tout de même pour profiter des prochains points de vue aux alentours de San Juste. Quelques kilomètres plus loin, c’est la ville de Fiscal qui nous attend pour bifurquer en direction d’Ordesa, ou une journée de randonnée nous attend. Rien de tel que d’évacuer quelques calories quand on a avalé tant de virages.






Quelques 20 kilomètres de sentier plus tard et une bonne nuit de sommeil après, nous voilà réveillés par un bruit désagréable sur le toit au-dessus du lit. La pluie, jusqu’ici évitée de justesse, nous a rattrapés. Nous la prenons comme un signe et quittons sur le champ les montagnes qui retiennent les nuages. Une petite étape à Saragosse nous ramènera le soleil, tandis que la route pour y arriver démarre par quelques portions humides mais amusantes. L’Espagne, ça ne déçoit visiblement que très peu.
Mais après la visite de Saragosse et les beaux plats qui l’ont précédée, nous voilà prêts pour attaquer le dessert, ou devrais-je dire le désert. Située au large de Tudela, la réserve naturelle de Bardenas Reales a été le lieu de tournage de nombreux films et séries, et représentera la plus belle surprise de notre voyage. Entre les paysages lunaires et la poussière constante, nous y dirons au revoir à la propreté de la Jeep Renegade, mais surtout découvrirons un côté totalement inconnu de l’Europe.




La découverte démarre au sud du parc, où le bitume présente quelques nids-de-poule qu’on devrait plutôt nommer cratères. De là, la route continue de serpenter en s’améliorant quelque peu, mais de toute façon, ce n’est pas le bitume que l’on recherche aujourd’hui. S’il y a bien une raison pour laquelle nous sommes en Jeep, c’est le gravier qui s’étend devant nous. Pas vraiment méchant, pas impraticable du tout, il n’en reste pas moins inconfortable au volant de la plupart des véhicules actuels, et même les SUVs que l’on croise à tous les coins de rue. Alors quand les crossovers hésitent, la Renegade ne semble pas vraiment broncher. De gros cailloux ? Pas sentis. De la poussière ? Pas un problème, le gris-bleu de la carrosserie y gagne en relief. Mais surtout, l’once de sous-virage qu’il pouvait rester dans le volant semble disparaître.
Et c’est peut-être là que l’on reconnaît les vraies Jeep. Autrefois larguées sur la route mais vivaces hors de celle-ci, les modèles récents ont changé la donne tout en restant fidèle à leur héritage. Si la Renegade est clairement plus à l’aise sur le bitume que sa grande soeur — architecture Fiat oblige — elle ne démérite pas du tout dès que les chemins deviennent plus difficiles. Ce qui est évidemment le cas dans les plaines de Bardenas. Les deux roues motrices ne représentent pas un inconvénient, et le caractère relax de la petite Jeep devient ici vif, sans devenir piégeux. Alors si c’était à refaire, pour enfiler 3.500km et traverser un désert, le choix de monture ne changerait pas. Et vu le titre de l’article, vous vous doutez qu’on souhaite revenir.




Infos pratiques : +/-3.500km de route, depuis et jusqu’à la Belgique| 7 jours de voyage, le meilleur compromis. À prolonger volontiers.
Merci à Jeep Belux pour le prêt de cet étonnante Renegade. Pas le modèle le plus excitant de la gamme, certes, mais sans aucun doute un des plus polyvalents et une excellente surprise sur bien des terrains.
Quelques images en bonus :













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