Récit d’une journée bien chargée.
Du Condroz à la Champagne, il n’y a qu’un pas. Enfin sur la carte, c’est le cas. Dans la vraie vie, on parlerait plutôt d’un bond de géant, non pas pour l’humanité mais plutôt pour une journée de conduite. Avec plus de 260 kilomètres de petites routes devant nous et une sportive encore plus rigide qu’à l’ordinaire, on sent déjà venir les courbatures. Mais on est bien décidé à prouver qu’il est possible d’enchaîner les bornes en Alpine, quitte à y laisser quelques vertèbres. Bienvenue dans la bassine, ou à Bassines !



Situé en bordure de la N633 — bien dénommée la “Route du Condroz” — , notre hameau de départ ne compte pas plus que quelques habitations et une minuscule chapelle. Et comme on l’a appris au fil des années, s’il n’y a pas d’église au milieu du village, c’est comme s’il n’y avait rien. Alors nous prenons rapidement la route pour traverser des coins que nous connaissons relativement bien.
De Méan à Maffe, les villages en vieilles pierres nous accueillent aussi bien que leurs habitants qui semblent apprécier notre passage, tandis que devant le château de Somal, un conducteur de pick-up s’arrête pour nous complimenter. Enfin pas vraiment nous, mais plutôt notre monture du jour, l’Alpine A110S qui se sent particulièrement à l’aise sur les petites routes qui redescendent vers Moressée et Nettine.



De Haversin à Chevetogne, le ruban d’asphalte se déroule de manière rectiligne sous notre capot, tandis que les arbres semblent changer de couleur au fil des kilomètres. L’automne s’installe petit à petit, et avec la nouvelle saison viennent de nouvelles précautions sur la route. Les feuilles jonchent déjà les abords, tandis qu’il faut également redoubler de prudence avec le soleil bas. Mais tant qu’on a du soleil, on ne va évidemment pas se plaindre.
Pour accéder à Villers-sur-Lesse, nous longeons le domaine royal. Tout paisible — certainement car personne ne se doutait qu’une nouvelle princesse allait débarquer — au niveau de la fréquentation, ce coin fait pourtant remonter le rythme cardiaque du veinard derrière le volant. Avec ses enchaînements de virages à vitesse moyenne et au revêtement peu abrasif, le volume sonore monte d’un cran avec l’aiguille de gauche qui chatouille le rupteur et les pneus qui font entendre leur voix. Que du bonheur, mais pas certain que le roi apprécierait.



Une fois le village passé et cette bonne entrée digérée, il est temps de profiter des bords de Lesse de manière décontractée. La route serpente gentiment au milieu des zones inondables, tandis que le niveau d’eau ne dépasse pas les 20 centimètres. Oui, il faisait encore beau à cette époque. Mais nous nous égarons à parler de météo, car le village qui se dresse devant nous s’appelle Lessive. Après la bassine, il aurait été bête de ne pas y passer. D’ailleurs, la prochaine fois, on y repassera.
Les routes se suivent ensuite mais ne se ressemblent pas, car la traversée d’Ave-et-Auffe, Neupont, Porcheresse et Graide réserve bien des surprises. Entre les virages relevés au milieu des champs et les enfants qui nous arrêtent pour nous interpeller, l’Alpine ne finit pas de surprendre sous tous les angles. Dans sa déclinaison S (pour Sport, vous l’aurez deviné), la Française gagne en puissance et en rigidité, ce qui n’est pas pour nous déplaire dans les enchaînements qui nous emmènent à la Semois. Autant l’A110 “normale” ne semblait jamais complètement se tasser, autant celle-ci montre un maintien de caisse beaucoup plus prononcé. Les virages arrivent plus vite et nécessitent moins de sollicitations de la pédale de gauche, qui malheureusement reste celle du frein, car la boîte automatique à double embrayage est toujours fournie de série.




Attention, quand on parle de la boîte, celle-ci n’est pas mauvaise, bien au contraire. Ce qui peut toujours sembler contraire, c’est plutôt de ne pas proposer d’option manuelle dans un véhicule de cette philosophie. L’aspect positif de ce choix est que l’on peut plus aisément se concentrer sur nos trajectoires dans la remontée d’Alle-sur-Semois et aller chercher les 40 chevaux supplémentaires à l’approche de la zone rouge. Les forêts frontalières profitent alors d’une sonorité vraiment sympathique pour un quatre-pattes, tandis qu’une question survient : comment une région aussi vallonée peut-elle avoir une ligne droite longue de trois kilomètres, comme celle qui mène à Ban d’Alle ?
La suite du tracé, nous menant à Sedan — une ville très surprenante au demeurant — alterne les magnifiques coins et ceux un peu moins magnifiques. Le Nord, c’est très étrange. Alors pour ne plus devoir subir les crépis effrités et les rues désertes, nous reprenons notre chemin vers la campagne, et ici la forêt de Sapogne. Le relief y est tout de suite plus impressionnant, tandis que les virages en aveugle offrent une belle démonstration des avantages d’un moteur central. Plus de surprise, la direction répond littéralement au quart de tour, alors qu’un demi-tour de volant permet de faire demi-tour pour les photos… OK, enlever l’ESC rétrécit fortement le rayon de braquage aussi. Mais c’était juste pour les photos !




À Baalons, Suzanne et Mont-de-Jeux, le Nord s’installe encore une fois comme le centre mondial du jeu de mot. Mais cette fois-ci, il rappelle également ce qu’il a de plus beau à offrir, car après les enchaînements de virages dans les forêts ardennaises, ce sont les étendues de maïs, blés et autres céréales qui se plantent dans notre pare-brise et offrent une vue à 360° seulement interrompue par la visibilité trois-quarts arrière un peu douteuse de la berlinette.
Bon, on ne va pas se mentir, les lignes droites ne sont en général pas notre tasse de thé. Cependant, la vue offerte par celles-ci et le moment de repos qu’elles représentent aident à faire passer la pilule. Puis devant nous arrivent déjà les vignes de notre destination du jour. Pas encore arrivés, mais certainement plus proches du but qu’avant, nous voici en Champagne, avec le parc naturel de la Montagne de Reims en ligne de mire.



Ici, à travers les forêts et les vignes, les caves célèbres et les villages aux noms farfelus, l’Alpine donne encore un peu plus de sa personnalité et nous donnerait presque envie de faire demi-tour pour recommencer notre périple. 250 kilomètres, vous dites ? Malgré les suspensions rigidifiées, notre dos se porte toujours très bien, merci. Si nous en avions la chance, nous choisirions tout de même l’Alpine A110 “de base”, mais ce serait comme décider entre un voyage à la mer ou à la montagne. Les deux sont plaisants, mais représentent des plaisirs différents.
Là où la “classique” plaît par sa simplicité (ses suspensions souples rappellent une époque passée de l’automobile), la version S reprend les ingrédients de la majorité des sportives modernes. Le tarage plus rude, le grip plus élevé et la puissance revue à la hausse sont plus en ligne avec la concurrence, mais servent malheureusement plus les performances que le plaisir de conduite. Une recette qui prendra certainement mieux sur circuit que sur route, même si la native de Dieppe concilie très bien les deux. Un peu comme le circuit de Reims-Gueux qui marque notre arrivée. Alors, rincés après cette journée ? Pas du tout, mais complètement Reimsés par le passé de cet ancien circuit de F1. Allez, il faut rentrer maintenant !



Infos pratiques : 261km | +/- 5h de route.
Merci à Renault Belux pour le prêt de cette Alpine A110S. Une version “circuit” qui ne refuse clairement pas de faire de la route, tout en gardant une recette qui marche.
Quelques images en bonus :










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