Reportage | Qui fait le Mélin…


Reportage | Qui fait le Mélin…

…tombe dans le Revin ?

Réchauffés et parfois utilisés à outrance, les dictons nous suivent un peu partout. La même chose peut également être dite des plateformes communes à différents véhicules. Lorsqu’un seul et même châssis est utilisé dans une compacte, une berline, un break et un SUV, peut-être y a-t-il exagération. Alors pour vérifier cela, nous avons emmené trois variantes d’une même voiture à travers la Wallonie, de Nord en Sud. Récit en trois chapitres.


Étape 1 : Mélin — Gembloux

Pour commencer notre enquête, nous avons pris les clés de la nouvelle Seat Leon et nous sommes dirigés vers l’un des plus beaux villages de Wallonie : Mélin. D’habitude sceptiques par rapport à ces appellations un peu pompeuses, nous avons ravalé notre opinion dès notre arrivée. Entre les recoins fleuris et les maisons retapées “dans leur jus”, il semblerait que nous nous soyons trompés sur toute la ligne. Tout comme l’on se trompe d’habitude sur la Seat Leon, d’ailleurs.

Encore parfois perçue comme la cousine au rabais de la Golf, la Leon a changé et seulement en bien : les équipements sont exactement les mêmes et le design serait même un peu plus moderne, du moins plus novateur que sa cousine teutonne. Un bon point de départ et de différenciation, mais le gros des similitudes se trouve sous le capot et les sièges. En route pour découvrir tout cela !

Qui dit plus beau village de Wallonie, dit aussi superbes environs. Entre les fermes rénovées, les forêts automnales et les champs façon Windows XP, la vue par les fenêtres ne déçoit pas. Et même si la région n’offre pas les routes les plus sinueuses, on trouve de quoi s’amuser et en découvrir (encore) plus sur la plateforme MQB que l’on connaît déjà pas mal.

Comparé à la Golf essayée dernièrement, une première différence saute aux yeux et surtout aux oreilles dans la Seat Leon : la présence d’un moteur diesel à la voix rauque. Question de configuration évidemment, mais cela faisait longtemps qu’on n’avait plus eu droit à un essai avec ce type de motorisation. L’occasion de constater que les “mazouts” VAG ont changé et offrent un caractère beaucoup plus souple qu’auparavant. Un régal dans les relances multiples des hameaux du Brabant Wallon.

Entre chaque hameau, on retrouve également une série de virages de plus en plus prononcés. Et là, on commence à sentir la différence avec la Golf qui a servi d’origine à notre monture. Là où l’Allemande fait toujours sentir une dose de sous-virage un peu trop forte à notre goût, l’Espagnole enchaîne les pif-pafs de Sart-Lez-Walhain avec une vivacité plus marquée. C’est peut-être ça, l’Auto Emocion.

Point négatif un peu attendu, le système d’infodivertissement reste toujours aussi peu intuitif, car le seul changement est la couleur des icônes. Dommage, car la qualité des matériaux est excellente, de même que la position de conduite. Mais si l’avenir demande d’appuyer deux fois sur un écran et de faire glisser son doigt au millimètre près pour descendre la température ambiante d’un degré, va-t-on dans le bon sens ?

Le bon sens, en tout cas, nous invite à stopper les hostilités du jour et à rentrer à la maison avant la pénombre. Que retenir de cette première étape donc ? Des routes plutôt calmes et une monture assez vive. Nerveuse ? Sportive ? Pas vraiment, on reste sur une routière au diesel tout de même. Mais une qui se réveille à l’arrivée du premier virage et dont le design inspire peut-être plus que la Golf originelle.


Étape 2 : Gembloux — Hastière

Notre deuxième partie de périple reprend où nous l’avons laissé, à Gembloux dans la pénombre. Mais cette fois-ci, le coucher de soleil se transforme en lever et la Seat Leon fait place à une Audi A3 berline. Rien à voir en surface, mais toujours autant de similitudes mécaniques. En comptant d’ailleurs le bloc 2.0 TDI qui reste le même !

Nos premiers kilomètres qui nous font traverser la ville estudiantine révèlent un caractère apparemment similaire, mais un intérieur légèrement différent. Le suppositoire de changement de vitesses reste le même, mais les commandes au volant sont inversées et l’interface des écrans devient plus sérieuse. Entendez par là moins de couleurs vives et plus de fontes sans sérif. Mais on n’est pas venu pour parler de graphisme, rassurez-vous.

Plus qu’auparavant, notre tracé du jour va se concentrer sur les virages. En effet, pour juger du bien fondé du pack S-Line et du caractère de l’A3 face à ses concurrentes Série 2 Gran Coupé et CLA, il faut une base similaire. C’est en quittant Gembloux que nous entamons les choses sérieuses : en direction de Isnes, le caractère des routes reste similaire à celles vues jusqu’ici, mais la distance entre chaque virage rétrécit drastiquement. Ca doit être dû au relief plus prononcé.

Petite pause bien méritée sur les lignes droites qui nous mènent de Temploux à Saint-Gérard, puis on reprend le rythme vers Maredsous. S’il y a bien un juge de paix pour le caractère d’une voiture, c’est la Molignée. Ici, pas de surprise, dans tous les sens du terme. L’Audi est efficace dans les enchaînements, vire quasiment à plat malgré une suspension passive et…c’est tout.

On remet quand même une couche en direction de Fter, avec des courbes rapides assorties de changements de direction brusques dans les champs. L’A3 ne sursaute pas, filtre d’ailleurs bien les aspérités du béton et les relances du bloc de 150 chevaux sont vraiment correctes. Petite curiosité, la sonorité n’est pas pareille à Ingolstadt qu’à Barcelone, mais la souplesse y est toujours et la boîte n’hésite pas à descendre d’un rapport ou deux en entrée de virage.

Le problème — si on peut parler de problème — , c’est que l’Audi ne surprend jamais et nous laisse de marbre. L’origine se situe probablement au niveau de la direction, un peu trop linéaire, et du train arrière qui semble couper la trajectoire. Une sorte de sous-virage du postérieur qui rend chaque virage un peu moins marrant que ce qu’il pourrait être. Attention, pas de quoi s’ennuyer, mais on sent que les voisins bavarois gèrent un peu mieux les compactes traction, malgré leur arrivée tardive sur ce marché.

En résumé, l’Audi A3 berline sur les routes sinueuses, c’est une confiance à 100% et un sourire à 60%. Mais sur tous les autres trajets, on retrouve évidemment les caractéristiques propres à la marque aux anneaux. La sobriété (de consommation, pas de couleur), le confort hors pair et les commandes intuitives sont toutes là. On pourrait même inclure la qualité de finition, si la planche de bord n’avait pas été configurée en bleu électrique. Mais ça, c’est encore une question de goût.


Étape 3 : Hastière — Revin

Encore un départ à l’aube mais moins en couleur cette fois, puisque le soleil joue à cache-cache et que la cousine tchèque s’habille d’un bleu pétrole bien plus discret. Cette troisième portion va nous emmener dans un no-man’s-land du haut de la vallée de la Meuse. Avec si peu de monde et un coffre pareil, on pourrait presque embarquer tous les locaux avec nous. Mais vu que ce n’est pas hyper Covid-friendly, on va éviter.

En bon père de famille, l’amortissement de ce break est bien plus souple que celui des deux cousines précédentes. C’est à se demander si le “B” de MQB ne veut pas dire “bateau”. La Skoda n’est donc pas le châssis idéal pour attaquer les épingles et les pif-pafs des routes parfaitement surfacées entre Hastière et Felenne, mais elle nous transporte dans le plus grand des conforts pour la montée vers Bourseigne-Neuve.

Pas de rythme effréné dans les virages frontaliers donc, le chien et les enfants vous remercieront. Derrière le volant, vous apprécierez par contre les finitions et l’impression de sérénité qui règne, illustrant parfaitement la montée en gamme de l’Octavia. Et en parlant de montée, on ferait bien de se concentrer pour ne pas finir dans le décor, car la rue de Felenne n’est pas large du tout et abrite quelques petits virages piégeux. Heureusement, toujours personne en face pour nous surprendre.

Entre Willerzie et Fumay, nous ré-empruntons la D7 que nous commençons à bien connaître. Une fois de plus en descente, cette route au grand “D” fait du bien au mental et nous colle un sourire jusqu’aux oreilles. Et bien que la Tchèque tienne plus de la Série 5 que de l’Alpine, les sensations restent excellentes et prouvent, une fois de plus, que c’est la route qui compte, pas la monture.

Et après cette dernière descente vient évidemment une montée, une fois arrivés à Revin. Les derniers lacets de notre tracé nous emmènent au point de vue de la Faligeotte qui surplombe la Meuse. Une occasion parfaite pour reprendre la route et retourner vers les beaux virages des Ardennes ? Peut-être, enfin si la famille supposée d’un conducteur d’Octavia Combi l’accepte. Nous, en attendant d’avoir des enfants, on va secouer le contenu de notre coffre.


Alors, cette histoire de Revin ?

Puisque notre histoire avait commencé avec un dicton, autant la finir de la même manière et répondre à notre question initiale : peut-on réutiliser une même base pour créer une bonne douzaine de véhicules différents ? Et pour vous satisfaire, une réponse de Normand est de mise.

Oui, car de nos trois échantillons, chaque voiture remplit parfaitement le cahier des charges de base. La vivacité de la Leon, le confort de l’A3 et l’habitabilité de l’Octavia diffèrent suffisamment que pour justifier leur existence à chacune ainsi que leur trouver un public propre. Et grâce à ce saut en qualité offert aux Seat et Skoda, tout le monde en a clairement pour son argent.

Là où le bât blesse, c’est devant le volant et un peu derrière. Avec la seule partie invariable à toutes ces voitures qui est l’espace entre l’essieu avant et le pédalier, chaque variation garde ce feeling typique de traction et cela impacte le feeling de conduite, un peu terne dans tous les cas. De quoi tomber dans le ravin de l’uniformisation ? Il faudra voir la gamme des GTI et S/RS pour ça.

Infos pratiques : 157km | +/- 3h de route.

Merci à Seat, Audi et Skoda Belgium pour le prêt des trois montures si proches, mais pourtant si différentes.

Quelques images en bonus :

Personne… Peut-être qu’il reviendra à Pâques ?
“Allumez vos feux”
Ambiance tamisée dans la Seat.
Un petit coup de froid ? Mets un gilet !
La Molignée le matin, c’est beau.
Les matériaux sont top, le coloris est un flop.
Rien à ajouter.

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